| |
Cet article est le premier d'une série consacrée
aux régions les plus critiques du plateau de Diplomacy. Il
a pour thème une question cruciale pour la Russie et la Turquie
: « Dois-je me positionner en Mer Noire (BLA) dès le
printemps 1901 » ? Nous étudierons également
l'importance stratégique de la Mer Noire au cours du jeu.
Dans des circonstances normales, aucune trahison efficace entre
la Russie et la Turquie ne peut avoir lieu sans le contrôle
de BLA. La Mer Noire tire donc toute sa signification de son rôle
central dans le processus de la trahison. La Turquie et la Russie
commencent toutes les deux avec une flotte sur les rives de BLA.
Dès que l'un des deux pays s'en empare, le second ne peut
donc l'en déloger qu'en construisant une deuxième
flotte. Mais la construction d'une deuxième flotte à
un stade précoce du jeu peut se révéler très
handicapant pour le développement des deux pays. C'est pourquoi
si chaque camp ne peut faire confiance à l'autre pour qu'il
ne prenne pas BLA, le rebond est très courant, même
si l'intention des deux nations est de s'allier.
Le point de vue de Constantinople
Pour que la Turquie se sente en sécurité vis-à-vis
de la Russie, l'idéal est le démantèlement
de la flotte russe de Sev. Si la flotte ne fait que revenir à
Sev, la Turquie ne pourra pas se sentir en sécurité
sur le long terme. De plus, la flotte serait ainsi complètement
inutile au joueur russe qui ne compte pas trahir la Turquie. Néanmoins,
le démantèlement suite à une retraite de F
à Sev peut être plus difficile à mettre en place
que lorsque la flotte russe se trouve à Con, Bla ou Rum.
Dans les deux premiers exemples (flotte russe à Con ou Bla),
la Turquie ne peut cesser de craindre que la Russie ne refuse le
démantèlement à la dernière minute,
tandis que dans le troisième (flotte russe à Rum)
la Russie doit envisager la possibilité que la Turquie veuille
garder la Roumanie. Certains joueurs préfèrent négocier
le passage de F(Sev) vers la Méditerranée.
Si la Turquie veut atteindre les 18 centres sans s'emparer des
arsenaux russes, Roumanie incluse, elle va devoir avancer aussi
loin que Paris ou Berlin. Mais si les centres russes sont prenables,
le Turc n'aura pas à dépasser l'Italie pour obtenir
18 centres. Si l'on considère les difficultés que
la Turquie est à même de rencontrer en Méditerranée
Occidentale, avec les lignes de blocage qu'offre la mer Tyrrhénienne,
le fait de prendre les centres russes lorsque l'occasion s'en présente
offre des arguments indéniables.
D'un autre côté, si vous choisissez de vous allier
à la Russie au début de la partie, pouvez-vous vous
permettre de laisser la Russie occuper BLA ? Selon Richard Sharp,
la réponse est « oui ». Richard pense que la
Turquie ne doit occuper BLA que si elle est sûre que le mouvement
va réussir, mais que si le Turc sait que la Russie compte
prendre BLA, il n'a en règle générale rien
à craindre. Selon son analyse de la situation, la flotte
russe en BLA sera certainement utilisée pour assurer la prise
de Rum en Automne, plutôt que pour une tentative à
50/50 sur l'un des centres turcs. Ceci dit, cette lecture de la
situation ne fait pas l'unanimité. Richard Hucknall, par
exemple, soutient un point de vue selon lequel ni la Turquie ni
la Russie ne peuvent laisser l'autre occuper BLA au Printemps 1901,
et que la meilleure option est certainement le rebond.
L'attaque à outrance traditionnelle sur la Russie commence
par F(Ank) - BLA, A(Smy) - Arm, A(Con) - Bul. Cette ouverture a
le mérite de ne pas créer d'ambiguïté
! En supposant que la Russie vous ait laissé prendre la Mer
Noire, vous pouvez lancer une attaque avec soutien sur Sébastopol
ou la Roumanie tout en utilisant votre troisième unité
pour couper un soutien éventuel. Si la Russie a une armée
à Varsovie (après un rebond en Galicie) et si l'Autriche
n'intervient pas contre la Turquie, vous êtes sûr de
conquérir soit la Roumanie, soit Sébastopol. L'attaque
russe présente de multiples avantages à condition
que vous soyez certain de prendre la Mer Noire et que la Russie
et l'Autriche s'attaquent tous les deux à la Galicie. D'un
autre côté, si la Russie vous empêche de prendre
la Mer Noire, même si vous ne prenez pas Rum ou Sev, vous
êtes théoriquement capable de la priver de construction
dans ses centres méridionaux. Cette perspective peut s'avérer
assez attrayante en soi, pour peu que vous soyez certain d'une alliance
solide avec l'Autriche et que vous n'ayez pas à craindre
la furie d'une Lépante. Ceci dit, une attaque Russe a également
pour effet de laisser la Grèce à l'Autriche, voire
à long terme d'offrir à l'Autriche la mainmise sur
les Balkans, à moins de pouvoir compter sur l'Italie pour
lui tenir tête.
La situation idéale pour la Turquie serait d'obtenir une
promesse de la Russie de ne pas faire F(Sev) - BLA, assortie d'une
alliance avec l'Allemagne (pour empêcher la Russie de prendre
la Suède), une ouverture vers le nord de la part de l'Angleterre
et une alliance tactique avec l'Autriche tout en espérant
que l'Italie attaquera l'Autriche dès le départ et
en sachant que l'Autriche et la Russie se sont accordées
sur un rebond en Galicie. Si tous ces facteurs sont réunis,
n'hésitez plus !
Les perspectives à long terme d'une attaque russe dépendent
avant tout du destin de la Russie dans le nord. Si elle doit faire
face à une agression de l'Angleterre en Scandinavie, ou même
à une attaque de l'Allemagne, alors la Russie peut être
éliminée très rapidement. Mais la mort prématurée
de la Russie n'est pas forcément une bonne chose pour la
Turquie, qui pourrait bien n'en retirer rien de plus que la conquête
de Rum et de Sev. En effet, les armées allemandes peuvent
traverser les steppes russes à une vitesse étonnante.
Le but doit donc être la prise de Moscou, qui est la clef
de War et de Stp, ainsi que la bordure orientale de la plupart des
lignes de blocage. Si la Turquie crée des armées assez
tôt dans la partie pour envahir la Russie, il existe un danger
réel qu'elle devra abandonner le contrôle de la Méditerranée
à l'Italie, avec la possibilité d'une attaque sur
les arsenaux turcs. C'est pourquoi il est important de trouver un
équilibre pour garder de l'influence en Méditerranée.
Le point de vue de Moscou
Dans les premières saisons, une alliance russo-turc présente
beaucoup d'avantages. Le cas des Balkans peut se trouver très
vite réglé avec une attaque massive sur l'Autriche.
Dans ces premières étapes, les gains de la Russie
sont la plupart du temps très solides et permettent de libérer
des constructions pour le nord. A long terme, la Russie retire plus
d'avantage que la Turquie dans un Rouleau Compresseur, tout spécialement
lorsque le poignard s'enfonce entre les épaules du Turc.
Si l'alliance avec la Turquie est maintenue jusqu'à la fin
du jeu, la Russie devra certainement atteindre l'Angleterre et la
région Belgique - Pays-Bas pour arriver à 18 centres.
Mais si la Turquie est prise, Venise et Berlin devraient suffire.
Dans le cas où la Russie lance une attaque massive dans le
nord et s'empare de la Mer du Nord, il est alors possible de gagner
sans avoir à envahir la Turquie, bien que ce résultat
soit hautement improbable.
S'il est une chose sur laquelle tous les stratèges s'accordent,
c'est que la Russie ne devrait jamais laisser la Turquie s'emparer
de la Mer Noire au Printemps 1901. Cela tend à suggérer
que si la Russie a des doutes sur les intentions turques, elle doit
couvrir BLA. Gardez bien à l'esprit que 70% des joueurs turcs
ouvrent F(Ank) - BLA au Printemps 1901, contre 53% des joueurs russes.
L'attaque massive de la Turquie est F(Sev) - BLA, A(Mos) - Sev,
A(War) - Ukr. Si la manouvre vers la Mer Noire réussit, la
Turquie peut se faire beaucoup de souci. D'un autre côté,
si elle échoue, la Russie peut très bien se retrouver
sans construction au sud si l'Autriche et la Turquie s'allie à
l'Automne 1901. Ce qui explique les paroles de Richard Sharp : «
. réservez cette manouvre pour les occasions où vous
êtes sûr à au moins 90% que le Turc est un imbécile,
et que vous savez avec quasi-certitude que l'Autriche est à
vos côtés ».
|