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Napoléon est passé très près de remporter
sa partie de Diplomacy. Pourtant, malgré sa domination de
la plus grande partie de l'Europe continentale, il a fini par mordre
la poussière faute de n'avoir su contrôler les océans.
Le but de cet article est de démontrer que la même
règle s'applique à Diplomacy : le joueur français
qui prend le contrôle des mers et qui neutralise l'Angleterre
a de bonnes chances de remporter sa partie, tandis que celui qui
se tourne vers l'est sans s'être au préalable attaqué
à Londres ne fera que répéter l'erreur commise
par Napoléon .
Plutôt que de consacrer un article à l'étude
des différentes options qui se présentent à
la France pour sa stratégie d'ouverture et à des questions
du genre : 'que faire en Belgique ?' ou 'la France doit-elle prendre
le Portugal avec une flotte ou une armée', etc , nous allons
tenter de voir un peu plus loin. Lors de la première année,
la France gagne normalement deux centres et ne subit généralement
aucune attaque. Il y a bien sûr des exceptions, mais dans
la plupart des cas le triangle occidental n'en vient au conflit
ouvert qu'à partir du Printemps 1902. C'est pourquoi nous
laisserons 1901 de côté pour étudier les options
de la France dans les années suivantes.
Comment la France peut-elle obtenir ses constructions après
1901 ?
A bien y réfléchir, les options ne sont pas nombreuses.
La France peut soit envahir l'Angleterre, soit passer à l'offensive
aux Pays-Bas et en Allemagne, soit développer une stratégie
méditerranéenne et prendre la direction de l'est.
Après 1901, seule la Belgique est encore susceptible d'être
neutre, et toute tentative française d'expansion amènera
forcément un conflit avec une puissance voisine.
1. Angleterre
Je ne dispose d'aucune statistique pour étayer mes propos,
mais il me semble qu'en pratique l'attaque de l'Angleterre est certainement
l'approche la plus commune : tout d'abord parce que la France peut
difficilement vivre sous la menace des flottes que l'Angleterre
ne manque jamais de construire au début de la partie, ensuite
parce la France peut craindre avec raison que l'Angleterre n'ait
besoin de l'accès à la Méditerranée
pour remporter la victoire, et enfin parce que cela ne présente
pas de difficultés majeures. La flotte qui part de BRE termine
souvent en POR ou SPA nc à l'automne 1901. Le joueur français
qui compte attaquer l'Angleterre doit construire une flotte à
BRE, ce qui ne manquera pas d'alerter tout joueur anglais un tant
soit peu expérimenté. Mais le Français pourra
expliquer cette construction en disant que la construction A(PAR)
est anti-allemande et que la flotte de BRE prendra de toute façon
la direction du sud.
Vaut-il mieux attaquer au Printemps ou à l'Automne 1902
? Tout dépend de la stratégie adoptée par l'Angleterre
en 1901. Si la France est sûre que l'Angleterre ne l'attaquera
pas au Printemps 1902, il me semble raisonnable qu'elle passe elle-même
à l'offensive dès le Printemps si l'Angleterre n'a
pas construit F(Lon) à l'Automne 1901, et de repousser l'attaque
à l'Automne 1902 si la flotte a été construite.
Selon mon raisonnement l'Angleterre aura certainement F(Lon) à
la fin de 1901. Une construction F(Lon) offre à l'Angleterre
une possibilité de soutien pour un mouvement en ENG (ce ne
sera pas nécessairement un stab : l'Angleterre peut simplement
souhaiter avoir une menace supplémentaire sur la Belgique,
et ne peut pas être sûre de la réussite d'un
mouvement F(Lon) - NTH). Bien entendu, la France doit essayer de
dissuader l'Angleterre de venir en ENG, mais si ce mouvement semble
inéluctable, autant lui permettre de réussir plutôt
que d'entrer dans une stratégie d'opposition directe en ordonnant
F(Bre) - ENG et créer un rebond. Cela aurait pour effet de
déclarer vos ambitions sans pour autant enregistrer de gain
immédiat. Ordonnez plutôt F(Bre) - MAO, F(Spa)sc H,
et si vous craignez un mouvement anglais en ENG, protégez
Bre avec A(Par) - Pic. Cela forme un ensemble très plausible
qui n'éveille aucune inquiétude à un Anglais
non-averti. Mais en Automne 1902, vos ordres seront F(MAO) - NAO,
F(Spa)sc - MAO : une jolie manouvre dans le dos de l'Anglais. Cette
attaque peut se révéler dévastatrice pour peu
que l'Anglais ne dispose d'aucune construction en 1902, car elle
vous permet de fondre sur Lvp dès le Printemps 1903. La France
doit donc user de toute sa diplomatie pour encourager l'activité
anglaise en Scandinavie, mais tout en s'assurant qu'elle est vouée
à l'échec.
Bien entendu, cette stratégie demande au minimum la neutralité
de l'Allemagne. Il ne sert à rien d'installer ses flottes
en Atlantique Nord si la Bourgogne est aux mains de l'Allemagne.
Ceci dit, il faut beaucoup de courage au joueur allemand pour s'attaquer
ouvertement à la France dès 1902, la France possédant
alors selon toutes probabilités trois armées pour
se défendre. Et si vous êtes victime d'une telle attaque,
il est plus que probable que l'Angleterre y prendra part également.
A mon avis, il faut réussir à convaincre l'Allemagne
de se concentrer sur la Scandinavie et la Mer du Nord tandis que
vous attaquez l'Angleterre par NAO. Avec un peu de chance, l'Angleterre
n'aura pas assez d'unités pour se défendre contre
tout le monde et s'effondrera au bout de trois ou quatre tours.
Une fois l'Angleterre à terre, la France doit alors se tourner
vers l'Allemagne et la Scandinavie, tout en pointant le bout de
son nez en MED si les ressources le permettent. A ce point de la
partie, une alliance avec la Russie serait bénéfique.
Il me semble que c'est à ce point de la partie que certains
joueurs français gâchent leurs chances de victoire
en hésitant à attaquer leur allié allemand.
Même s'il est très tentant de construire F(Mar) et
d'envoyer ses flottes en Méditerranée, les gains ne
sont pas aussi élevés et ne remplaceront jamais les
centres disponibles en Europe Centrale.
2. Allemagne
Si, pour une raison ou une autre, vous ne comptez pas vous attaquer
à l'Angleterre à ce stade de la partie, la seule autre
alternative sérieuse consiste à envahir l'Allemagne
et les Pays-Bas. Ce plan est cependant plus difficile à réaliser,
car l'Allemagne est bien plus à même que l'Angleterre
de se défendre contre une offensive française. L'Allemagne
peut en effet présenter un front serré de trois unités
qui peut s'avérer très délicat à franchir
pour le joueur français. Le problème est que l'Angleterre
peut bénéficier de votre attaque sur l'Allemagne en
s'adjugeant sans opposition les centres scandinaves. D'un autre
côté, s'il est possible de s'allier avec la Russie
pour une offensive conjointe sur l'Allemagne, vous pourrez peut-être
utiliser les armées russes pour couper les éventuels
soutiens aux armées de RUH et MUN. Tout va en fait dépendre
du sort de la Belgique en 1901. Si vous avez choisi cette stratégie,
il vaut mieux vous y préparer dès les premiers mouvements
du jeu.
Une ouverture vers le nord A(Par) - Pic et A(Mar) - Bur ne peut
qu'effrayer Berlin, à moins d'un accord préalable
pour un rebond en Bur. Si cela est le cas, seules deux, voire 3
unités peuvent encore espérer prendre la Belgique
: F(NTH), A(Pic) et (selon le cas) F(Hol). Si l'Angleterre soutient
le mouvement allemand F(Hol) - Bel, le Français peut quasiment
faire le deuil d'une attaque franco-anglaise contre l'Allemagne.
La meilleure solution est probablement de tenter de convaincre l'Anglais
de vous soutenir en Belgique. Si vous n'y parvenez pas (après
tout, quel joueur anglais accepterait de soutenir une France à
trois constructions ?), je vous recommande de ne pas soutenir F(NTH)
- Bel, car donner deux constructions à l'Angleterre en 1901
offre trop d'incertitudes. Un rebond concerté en Belgique
avec l'Allemagne et l'Angleterre présente au moins l'avantage
de laisser la position ouverte sans permettre à vos voisins
de construire trop d'unités dès 1901.
En supposant une ouverture anglaise vers le nord et une ouverture
russe vers le sud, voici la situation typique en ce qui concerne
les constructions à la fin 1901 :
Angleterre : F(Lon), F(NTH), F(NWG), A(Nwy).
France : A(Pic), F(Bre), F(Por), A(Spa), A(Par).
Allemagne : A(Hol), F(Den), A(Ruh), A(Mun), F(Kie).
Russie : F (BOT).
Les trois armées allemandes de Mun, Ruh et Hol forment
une barrière quasi-infranchissable, et même dans le
cas d'une attaque franco-anglaise, la défense allemande ne
rompra pas immédiatement. Il est probable que l'Allemagne
occupe la Belgique au Printemps 1902, mais il est également
possible de l'en déloger à l'Automne si l'Angleterre
accepte de soutenir une attaque française. Mais si l'Allemagne
construit F(Kie) et se place en HEL, la situation se complique.
De mon point de vue, la seule manière pour la France de
remporter rapidement des centres face à l'Allemagne en 1902
est de s'assurer de l'aide de l'Angleterre ou de la Russie à
l'Automne 1901. Si l'Allemagne ouvre avec F(Kie) - Den et A (Ber)
- Kie, cela signifie qu'elle est vulnérable, et ce dès
l'automne, à un mouvement russe F(BOT) - BAL et/ou à
un mouvement anglais F(NTH) - Hol. Portés ensemble, ces deux
mouvements sont d'une efficacité redoutable, mais un manque
de coordination entre la Russie et l'Angleterre risque d'engager
la bataille pour l'Allemagne dans un processus très lent.
Une fois l'Allemagne à terre, il sera peut-être trop
difficile de maîtriser l'Angleterre, qui aura trop de flottes
à sa disposition pour être une proie facile. Si la
Russie s'est également jointe à la curie, il sera
délicat de poursuivre l'attaque. Dans ce cas, la seule alternative
est peut-être la stratégie méditerranéenne,
tout en ayant le défaut de laisser la France vulnérable
face à un coup de poignard de l'Angleterre. Richard Sharp
a émis l'idée de laisser Brest à l'Angleterre
pour réduire la possibilité de conflit entre les deux
pays. A mon sens, cet arrangement est largement bénéfique
à l'Angleterre (qui peut construire des armées pendant
l'automne et les convoyer au Printemps suivant), et beaucoup moins
à la France à long terme (qui ne peut plus construire
les flottes occidentales nécessaires à l'invasion
de l'Angleterre).
3. Italie
Cette option est-elle réellement envisageable ? J'ai déjà
vu des alliances E/F/G très puissantes en FaF, mais elles
semblent être beaucoup plus rares en PBEM. Si vous essayez
tout de même d'organiser une alliance E/F/G, le schéma
est théoriquement le suivant : l'Angleterre se dirige vers
le nord en Scandinavie, l'Allemagne va vers l'est pour entrer en
Russie, tandis que la France fait une percée en Méditerranée.
Le gros problème d'une stratégie méditerranéenne
est qu'elle vous prive de constructions rapides et vous laisse vulnérable
face à une trahison anglaise. Si vous utilisez vos deux constructions
de l'Automne 1901 pour F(Mar) et F(Bre), vous vous retrouvez totalement
découvert face à une éventuelle attaque allemande
au printemps 1902, car seulement 2 de vos 5 unités sont des
armées (et l'une d'entre elles peut fort bien se retrouver
coincée au Portugal), et la Bourgogne peut vous être
prise avec une facilité déconcertante. C'est pourquoi
un minimum de prudence est à conseiller.
En supposant la construction de 2 flottes en 1901, la France peut
ordonner au Printemps 1902 F(Bre) - MAO ; F (Spa)sc - WMS ; F(Mar)
- GoL, suivis de F(WMS) S F(GoL) - TYS à l'Automne. Mais
il est difficile de prévoir si une attaque sur l'Italie amènera
ou non une construction en 1902, car Tunis sera vraisemblablement
protégée. Une solution plus flexible serait de construire
A(Mar), F(Bre), ce qui présente l'avantage de ne pas indiquer
trop ouvertement une invasion de l'Italie, puis d'ordonner A(Mar)
- Pie, F(Spa)sc - WMS, F(Bre) - MAO. Si l'Allemagne peut être
persuadée de marcher sur le Tyrol avec son A(Mun), vous aurez
ensuite la possibilité d'attaquer Venise avec le soutien
allemand. De plus, la construction d'une armée à Marseille
fera reculer l'Allemand tenté de vous poignarder dans le
dos.
Il faut toutefois savoir que si la France attaque d'entrée
l'Italie, elle ne sera jamais suffisamment puissante pour changer
le cours des choses sur le plateau de Diplomacy. Une fois arrivée
au milieu de la partie, elle devra avant tout défendre ses
centres nationaux contre ses gourmands voisins.
Conclusion
Si vous prenez la Suisse comme pivot autour duquel tourneront les
fortunes françaises, la France devra atteindre Moscou à
un bout du plateau, ou Trieste à l'autre bout, si elle compte
l'emporter. Les centres de ravitaillement visés par la France
se divisent entre deux groupes distincts :
- Centres principaux : centres nationaux, Espagne, Portugal, Angleterre,
Pays-Bas, Belgique, Allemagne = 13
- 5 Centres supplémentaires parmi les suivants : Danemark,
Norvège, Suède, St Petersbourg, Tunis, Rome, Venise,
Trieste Naples.
Il est rare que la France remporte une partie sans envahir les
centres nationaux anglais et allemands. Cela signifie que si les
flottes italiennes ou turques parviennent à sceller l'entrée
de la Méditerranée, la France devra alors pénétrer
en Russie pour gagner. Plus la France parvient à gagner de
terrain en Méditerranée et moins elle aura besoin
de centres en Scandinavie et en Russie. Si la France arrive jusque
en ION, elle peut même gagner sans aucun centre russe ou scandinave.
En toute logique (mais la logique a-t-elle vraiment une part à
Diplomacy ?), il semblerait plus facile, et plus efficace pour la
France de commencer par se débarrasser de l'Angleterre. Dans
ce but, la Russie paraît un allié naturel, tout d'abord
parce qu'elle peut affaiblir l'Angleterre en Scandinavie, et ensuite
parce que la Russie et l'Allemagne sont des ennemis naturels, et
qu'une alliance avec la Russie neutralisera la menace allemande.
Une fois l'Angleterre hors d'état de nuire, la France doit
utiliser ses flottes pour gagner le contrôle des centres côtiers
de la Mer du Nord et faire une incursion en Europe continentale.
Une attaque en Méditerranée est toujours utile, en
ceci qu'elle peut amener quelques centres d'un intérêt
vital, mais une chose doit être claire : la partie se gagnera
ou se perdra en Allemagne et en Scandinavie.
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