 ourquoi diable voyez-vous si peu d'alliances
italo-turques? De toutes mes parties, je n'en ai vu qu'une par correspondance
et une face-à-face où Italie-Turquie est une alliance
significative - et dans les deux cas l'Italie agissait simplement
comme une marionnette. Si la Turquie avait souhaité se débarrasser
de son partenaire, dans les deux parties, cela aurait pu être
réalisé avec peu de dommages pour la position tactique
de la Turquie.
A première vue
une alliance italo-turque a un certain sens en 1901. Après
tout, les deux puissances peuvent se partager les Balkans rapidement,
sans les manœuvres navales autour de la Mer Ionienne qui ralentissent
habituellement les opérations en Orient. On peut assez facilement
empêcher la Russie de s'approcher de Vienne et de Budapest,
particulièrement si l'Italie et la Turquie coopèrent
dès le début. Plus tard, les flottes anglaises ou
françaises demeureront le problème persistant de l'expansion
turque, problème qui peut être négocié
plus facilement si l'Italie a harcelé la côte française
dès 1902. La Turquie peut aussi s'agrandir au nord en Russie,
et au nord-ouest en Allemagne, avec la coopération des armées
italiennes. L'alliance italo-turque place les forces orientales
sur le front occidental très rapidement, puisque les italiens
peuvent attaquer la France avec à peu près la moitié
de ses unités au début de 1902.
Etant donné tous
ses avantages, pourquoi alors la Turquie normalement regarde vers
la Russie ou l'Autriche pour un allié alors que l'Italie
fait en général la même chose? "L'Italie et
la Turquie sont toutes les deux des puissances navales, aussi se
heurtent-elles naturellement pour le contrôle des mers" est
la réponse classique. L'Autriche, en tant que puissance terrestre,
est un meilleur allié selon cette théorie. Quoique
cette vue soit certainement logique, cela n'explique pas tout. Après
tout, la France et l'Angleterre s'allient souvent sans faire grand-chose
si ce n'est construire des flottes dès le départ -
et les deux peuvent être des puissances navales majeures à
la fin de la partie.
a vraie raison de la rareté des alliances
italo-turques tient à la position stratégique qu'occupe
la Turquie. Comme nous le savons tous, les hordes turques doivent
aller plus loin que n'importe quelle autre grande puissance pour
obtenir dix-huit centres. Elles débutent si loin de la ligne
de stalemate qu'il leur faut toute la partie pour la franchir. Puisque
les centres nationaux italiens et Tunis sont relativement faciles
d'accès par mer pour la Turquie, cette dernière n'est
pas habituellement désireuse d'y renoncer en s'alliant avec
l'Italie. Ainsi, même si la Turquie commence la partie par
une alliance avec l'Italie, celle-ci ne dure pas longtemps car la
Turquie trahit pratiquement toujours.
En bref, l'alliance italo-turque
est par nature instable. Soit la Turquie trahit, soit l'Italie trahit
la Turquie de manière préventive. Résultat,
l'alliance italo-turque a rarement le temps d'utiliser ses avantages
en perçant à l'ouest plus rapidement que l'Ouest peut
mettre en place une défense.
L'exception à
cette règle (et la raison pour laquelle j'ai vu deux telles
alliances italo-turques tenir la distance jusqu'à la fin
de la partie) survient quand la Turquie ne cherche pas une victoire
en solitaire. Contrairement à cet adage fallacieux que vous
entendez de la part de certaines personnes qui veut que "gagner
est le seul objet à Diplomacy", il y a vraiment certains
joueurs qui sont parfaitement désireux de renoncer à
la victoire et de la troquer contre une égalité à
deux à la place. Quand un tel joueur est turc, alors une
alliance italo-turque commence à avoir tout son sens, grâce
à sa capacité à percer dans l'Atlantique et
à forcer l'égalité beaucoup plus rapidement
qu'une alliance russo-turque ou austro-turque. Bien sûr, l'Italie
doit également être un joueur de cet acabit sinon le
danger d'attaques préventives par les forces italiennes sera
toujours présent.
L'alliance italo-turque
devrait-elle être plus utilisée qu'elle ne l'est actuellement?
Probablement pas. C'est vraiment une alliance inférieure
dans la plupart des cas à cause de son instabilité
inhérente autour de 1903-1904. Mais que faire quand l'Autriche
et la Russie sont réellement alliées, ou que la Turquie
fait face à une situation dans laquelle à la fois
l'Autriche et la Russie sont des excentriques irrationnels.
Alors un joueur turc
prudent approchera l'Italie avec une proposition d'alliance qui
inclut un mécanisme explicite pour réduire l'instabilité.
La Turquie devra s'en tenir à deux flottes (peut-être
trois si l'une est en Mer Noire et y reste). L'Italie devra être
encouragée à tenir la Mer Ionienne avec une flotte
en appui à Tunis ou en Adriatique. Cela consommera un grand
nombre d'unités mais cela vaudra sûrement le coût
en terme de stabilité. La Turquie peut laisser une armée
à Smyrne plus tard pour assurer sa propre défense.
L'Italie sera encouragée
à attaquer la France au printemps ou à l'automne 1902.
Seulement une ou deux unités sont nécessaires au début,
puisque l'Italie bénéficiera probablement de l'effet
de surprise. La Turquie se contentera de la Bulgarie, et de la Roumanie
dans les Balkans, puisqu'une plus équitable répartition
conduit à des problèmes de stabilité. Rappelez-vous
que le nombre de centres possédés par chaque puissance
est moins important que la stabilité tactique générale.
Avec un peu de chance, les unités italiennes en excès
seront loin dans l'Atlantique, trop loin pour menacer la Turquie.
Ainsi la Turquie pourra s'asseoir sur huit centres (Turquie, Bulgarie,
Roumanie, Sébastopol, Grèce, Moscou, Varsovie) et
attendre que l'égalité passe. En cas contraire, alors
peut-être Berlin ou Kiel pourront être donnés
au Turc ultérieurement. Rappelez-vous également qu'après
un certain point, un grand nombre de constructions turques conduit
à l'instabilité dans l'alliance puisque l'Italie se
sent menacée. La Turquie fera bien de décliner des
constructions à moins qu'elles ne soient absolument nécessaires.
En supposant qu'une alliance
italo-turque est tant bien que mal requise par la situation sur
le plateau de jeu, c'est une des meilleures façons d'agir
au sein de l'alliance. Mais de tels cas sont très rares.
En général, la coopération italo-turque sera
limitée à la participation dans des alliances triples
ou des fronts défensifs. Et c'est probablement ainsi que
cela doit être.
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